Guadalajara, Mexico, 1986

Brésil-France

Il existe dans la vie d’un homme des moments charnières, ceux qui vous transforment et vous font grandir. Des rencontres, des naissances, des adieux. Dans la vie de supporter, il existe aussi des instants semblables, ceux qui vous font passer de fan du dimanche à passionné inconditionnel.

Cet instant là se marque pour moi le 21 juin 1986, au stade Jalisco de Guadalajara. En quart de finale de la coupe du monde 1986 au Mexique; la France affronte le Brésil. Bien sûr il ne s’agit pas de mes premiers souvenirs. J’ai assisté à des matchs à Geoffroy Guichard, dans le chaudron toujours bouillant malgré l’affaire de la caisse noire, j’ai des vagues souvenirs de Séville 1982, un goût amer d’injustice. J’ai commencé à suivre plus intensément l’Euro remporté par la France en 1984 avec le souvenir d’un match fou à Marseille contre le Portugal.

Mais tout bascule pour moi ce 21 juin 1986, ce Brésil-France, peut-être pas le meilleur Brésil quand même. Parce que c’est Platini, blessé, mais Platoche. Parce que le scénario du match va s’avérer dingue: avec deux équipes qui vont se livrer à fond sans calculer. Le football samba du Brésil éclabousse le début de la rencontre et la France, dépassée, est logiquement menée un à zéro (17′: but de Careca). et Platini marque avant la mi-temps (40′). L’outsider européen se met à y croire d’autant que Joël Bats, le gardien, tient la baraque. Et c’est là que tout bascule. Dans mes souvenirs d’enfants, Zico obtient un pénalty en toute fin de match. Le scénario est cruel…c’est impossible, injuste. En fait il s’agit de la 73′ minute, il y a faute de Bats. Les souvenirs se brouillent, mais ce qui ne change pas, c’est l’arrêt de Bats qui devient ce jour, mon premier idole sportif. Il détourne le tir de Zico qui dira plus tard: « Je n’ai pas mal tiré, c’est Bats qui l’a arrêté ». Au vu des images, on peut nuancer le propos, mais l’arrêt est là. Il permet à la France de survivre, fait douter le Brésil et donne un supplément d’âme à « Platini and co ». La suite du scénario est magique: prolongation, puis tirs au buts. C’est l’épilogue, le pile ou face. Platini rate, Bats arrête deux fois (oui les poteaux font partis de l’équipement du gardien) et Luis Fernandez, lui, (mon petit Luis) envoie la France en demi contre l’Allemagne. Ce soir là, dans la chaleur du stade aztèque une flamme s’est embrasée et j’ai définitivement basculé.

K.MU